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Charlie

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Ecrire pour ne pas oublier, écrire pour raconter.

Pour te raconter ma Charlie. L’incroyable semaine que tu nous as fait vivre.

Jeudi 23 mai 2019. Jour du terme. J’ai rendez-vous à l’hôpital parce que tu n’es pas encore là, et c’est long.

J’attends la sage femme pour différents examens (échographie, monitoring,..) qui se répèteront le samedi. RAS. Il y a encore suffisamment de liquide amniotique pour que tu te sentes « comme un poisson dans l’eau » et aucune contraction à l’horizon. Au revoir et merci.

Samedi nous revenons à l’hôpital, même combat. Tout va bien pour toi, et aussi pour moi, alors nous rentrons à la maison.

Si tu ne te décides pas pendant le week-end il faudra revenir lundi pour le « déclenchement » (je n’aime pas vraiment ce mot).

Je suis encore pleine d’espoir. Dimanche c’est la fête des mères, peut-être que tu voulais attendre ce jour spécial.

Samedi, pas de signe de ton arrivée. Dimanche non plus à mon grand regret.

Alors lundi, on se met en route, les valises sont chargées dans la voiture, un énorme bisous à Baggie que cette fois je suis sûre de ne pas retrouver pendant plusieurs jours. Tout est ok, nous n’avons rien oublié.

On nous enregistre presque comme à l’hôtel. Nom, prénom, carte vital, dossier médical.

Puis on nous dit qu’au « plus tard » tu seras là mercredi. Ah.

Parce que nous (naïvement) on s’était dit que déclenchement lundi voulait dire que tu allais naître lundi. Finalement non, tu étais bien décidé(e) (à ce moment là nous ne savions pas encore que tu étais une petite fille) à rester au chaud dans mon ventre.

Alors c’était parti pour de longues heures d’attente, de monito, on voyait se tracer des petites montagnes sur des mètres et des mètres de papier.

Mardi : rebelotte, à nouveau ils m’injectent le tampon avec le produit qui « déclenche ».

Mardi 16h, je commence à sentir de légères contractions. Une sensation étrange qui se transforme rapidement en douleur. Une douleur qu’on sent arriver, qu’on essaye en vain de maîtriser. Une douleur qui ne ressemble à rien de connu. Une douleur qui devrait se mesurer sur l’échelle de Richter .

Heureusement ton Papa (ce héros) m’encourage, me tient fort les mains, m’aide à respirer quand je perds pied. (Avant ça il a essayé l’humour et ça c’est plutôt mal passé !)

Donc les heures passent, je souffre (n’ayons pas peur des mots). Vers 19h ils me font une piqûre pour me soulager. Ca me soulage tellement que je dors, je délire même un peu. Sauf que ce moment de répit a duré moins de 2 heures. Après c’était pire que tout.

Mon col se dilate à vitesse d’escargot mais la sage femme nous envoie quand même en salle de travail (jusqu’ici nous étions encore dans notre chambre).

A partir de là mes souvenirs sont flous, embrouillés, la douleur prime sur les détails.

Je me souviens que la chambre est grande, avec une salle de bain et des ballons. Encore une fois comme à l’hôtel, un peu comme si nous avions été surclassés.

Oui mais non !

Les minutes sont longues. J’ai mal. La sage femme me conseille de faire du ballon et un peu plus (si j’en avais eu la force) je lui aurais dit de se le foutre où je pense son ballon, parce qu’à ce stade là, même respirer c’était trop me demander.

Alors ton Papa m’a fait prendre une douche pour me soulager. Un peu d’eau bien chaude sur mon gros ventre. Après je ne sais plus trop combien de temps il s’est passé mais quelqu’un est venu me chercher pour m’installer en salle d’accouchement.

23h : La PERIDURALE !!!!!!

Mes angoisses d’aiguilles; envolées. On me demande de faire le dos rond et de ne pas bouger. La sage femme qui nous accompagnera tout au long de cet accouchement prend mes mains et les serre fort, elle me dit de la regarder et que tout ira bien. En un regard elle balaye mes craintes. Tout ira bien.

A partir de ce moment, c’est le pied.  On regarde les contractions qui se dessinent sur papier, même pas mal !

Le temps passe, ton rythme cardiaque n’est pas régulier, ma position (couchée sur le côté) ne te convient pas. Alors on me demande de rester allongée sur le dos pour que se soit mieux pour toi. Il y a du mieux pour toi, mais pas pour moi. Je me sens mal sur le dos (depuis déjà plusieurs mois), ma tension chute. Mais pas le choix. Ton bien être avant tout.

Vers 2h du matin le médecin vient faire un prélèvement de sang dans ton crâne pour vérifier ton taux d’oxygène et savoir si tu supportes ces longues heures de travail. L’attente est longue, les minutes sont stressantes.

« C’est bon Madame Soblet, on continue, votre bébé va bien ! » OUF.

Le col est tout juste dilaté à 6cm. Encore un peu de patience. On attend. On somnole. On attend encore. La douleur revient tout doucement, je demande si c’est normal. On me répond que « oui, il faut pouvoir sentir les contractions pour être capable de pousser au bon moment ».

Bientôt 5h du matin (8 cm),  un nouveau prélèvement sanguin pour toi mon bébé. L’interne s’y reprend en 2 fois, le médecin est appelé pour un 3ème essai.

Cette fois, tu ne vas pas bien. On me débranche, on me porte pour me mettre sur un brancard. Césarienne en urgence. Je pleure, j’ai peur.

On demande à monsieur de patienter dans le couloir. Couloir dont je vois défiler les néons. Je croyais que c’était juste bon pour les scènes de Grey’s Anatomy.

Le personnel médical est exceptionnel. On me rassure, on répond à mes questions stupides (« je vais tout entendre ? »), on m’explique que je vais tout sentir pendant la césarienne mais sans douleur, qu’en quelques minutes tu seras là (enfin) et qu’ensuite il faudra environ 20 minutes pour recoudre les « différentes couches ». D’accord, évitons les détails.

Tout va très vite, les médecins anesthésistes sont derrière moi et m’encouragent. Je suis sereine, confiante. Je sens que tu es sortie de mon ventre alors je demande : « c’est un garçon ou une fille ? ».

Messieurs, dames, vous pouvez recoudre toutes les couches que vous voudrez, en biais, de travers ou avec du fil vert. Je suis la plus heureuse.

La sage femme s’approche, elle porte dans ses bras la plus belle des petites filles. Mon coeur pleure mais mon corps reste concentré, je suis encore couchée, les bras en croix avec le drap bleu devant mes yeux. Pas grave, je ne vois plus que toi.

Je te fais un bisous timide, j’ose à peine bouger, le médecin est toujours en plein atelier couture.

Après toutes ces émotions, ces 13 heures de travail pour du beurre (ou presque), je t’ai attendu en salle de réveil. J’avais la bouche sèche, les jambes endormies et le haut du corps tremblant à cause de l’anesthésie.

Tu es arrivée toute emmitouflée dans les bras de ton Papa. Ma fille, ma merveille. Cette fois je pleure.

Plus de peur, plus de douleur. Le plus beau des tableaux, juste là, devant moi.

Nous sommes le 29 mai 2019 et nos vies sont changées à  jamais.

 

 

 

 

 

 

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